Cycle Maurice Ohana

2013, le compositeur Maurice Ohana a 100 ans Le compositeur Maurice Ohana a longtemps laissé croire - coquetterie ou superstition – qu’il était né en 1914. La réalité est qu'il vit le jour le 12 juin 1913 à Casablanca. Mort le 13 novembre 1992, le hasard des chiffres fait que l'on commémorera les vingt ans de sa disparition quelques mois avant de fêter les cent ans de sa naissance. Curieuse constante qui donne au chiffre 13 un sens tout particulier à sa vie et son œuvre… Maurice Ohana est l'un des compositeurs majeurs du 20ème siècle. Beaucoup le savent, d'autres ont feint ou feignent encore de l'ignorer. Grand indépendant au moment où les partis pris semblaient être la seule issue pour survivre dans un monde musical bi polarisé et toujours méprisant de l'autre, il a mené une vie de compositeur libre, loin de toutes les contraintes de son temps, mais à l'écoute - ô combien - des bruits du monde, des musiques venues d'ailleurs. Libre, il réinvente la liberté, dans la lignée de Couperin, Chopin, Albeniz et Debussy, qu'il admirait avant tout, opposant souvent ce qu'il appelait "le dictat des musiques germaniques" à l'imagination fertile mais plus désordonnée des latins – une latinité pour lui élargie de Purcell à Monteverdi – prônant davantage ce qui se joue entre les notes, laissant, souvent par l’emploi astucieux des tiers de tons, l'alchimie des timbres et des harmonies opérer et magnifier le son. Ce sens aigu de liberté, il aura à cœur de le transmettre aux interprètes, à qui il laissera le soin de prolonger son art et sa pensée, legs envoûtant et passionnant tant il est lourd de responsabilité. Le catalogue du compositeur comprend plus d’une centaine d’œuvres : musique de chambre, musique pour orchestre, musique vocale, musique pour la scène. Parmi ces œuvres, la voix, le piano, la percussion, la guitare jouent un rôle essentiel. Musique écrite donc, mais curieusement une musique qui ne va pas sans oralité. Cet aspect joue en faveur de l’œuvre de Ohana autant qu’il lui porte tort. Les interprètes savent combien Ohana est à même de toucher directement son auditoire et c’est indubitablement sa force. Certains voient pourtant une faiblesse dans le fait qu’une très forte implication des musiciens à la réalisation des œuvres est une nécessité absolue : la partition seule ne suffit pas à appréhender toute la pensée du compositeur. Il y a donc un « savoir-faire » qui se transmet d’un interprète à un autre, ce dernier devenant passeur à son tour, maillon d’une chaine immémoriale :Toi, qui te penches sur ma tombe, rêve un peu puis suis ton chemin. Oublie mon nom, mais garde mon chant, c’est le tien. N’est-ce pas là retrouver l’essence même de la musique, celle qui se partage, celle qui s’apprivoise mais ne peut être contrainte entre les murs d’un mausolée, fût-il hanté des plus grands noms, musique anonyme mais tellement vivante ?

Roland Hayrabedian


Extraits sonores

  • Maurice Ohana, l'oiseleur - 14 février CDMC

    La singularité de l'univers vocal de Maurice Ohana par Roland Hayrabedian

Qobuz à Marseille : À propos de la musique d'Ohana