Zad Moultaka

Né au Liban en 1967, Zad Moultaka commence très tôt ses études musicales. Formé par Madeleine Médawar, il achève le cursus de piano du Conservatoire National de Beyrouth en 1984. Il s’installe à Paris la même année et commence à travailler avec Marie-Madeleine Petit et Pierre Sancan. Il entre au CNSMP deux ans plus tard dans les classes d’Aldo Ciccolini, Bruno Rigutto, Marie-Françoise Buquet et Christian Ivaldi.

Après deux premiers Prix à l’unanimité (piano et musique de chambre) et une année de perfectionnement, il entame une carrière de soliste et se voit invité dans différentes salles prestigieuses européennes, notamment le Concertgebouw d’Amsterdam, la salle Gaveau, la salle Pleyel, le Théâtre de Bruxelles… Dans le même temps, il  enregistre Brahms, Schubert et Fauré (Ed. Stil , Paris) et signe ses premières musiques pour le Cinéma et le Théâtre.

En 1993, Zad Moultaka met pourtant volontairement un terme à ce parcours de soliste international pour se consacrer exclusivement à la composition. Après une longue période de recherche et de questionnement, hanté par les contradictions et l’impossible synthèse entre l’écriture savante occidentale et les éléments de transmission orale arabe, il compose Anashid, d’après le Cantique des cantiques pour soliste, chœur, orchestre de chambre et instruments traditionnels. Commande du Festival de Baalbeck, cette œuvre marque un tournant dans l’écriture de Zad Moultaka, associant de façon explicite l’écriture polyphonique occidentale à la linéarité mélodique et aux échelles propres à la musique orientale. Pourtant Zad Moultaka resserre encore les liens avec sa culture d’origine, se plonge dans les manuscrits anciens et répond à une commande originale du Festival de Beiteddine. Zàrani, (Mouwashah El Haramlek) est un travail de réflexion et de relecture à partir de mouwashahs traditionnels (voix, oud et percussions), contrariés et prolongés par la présence d’un piano. Cette œuvre connaît, dès sa création en juillet 2002, un grand retentissement et suscite de nouvelles commandes de la part d’ensembles de musique contemporaine (Ex Tempore en Belgique, Ars Nova en France, etc.) quand, de façon évidente, elle serait apparentée au domaine des musiques «traditionnelles».

C’est ainsi qu’en 2004 ont été créées plusieurs pièces au Festival des 38e Rugissants de Grenoble par l’ensemble Ars Nova et le chœur de chambre Les Eléments. Si Fragment B118 (sur un texte d’Empédocle) s’inspire des chants syriaques anciens, si Enluminures emprunte aux traditions anciennes certaines techniques vocales et procédés d’écriture, Fanariki, concerto pour cymbalum et ensemble instrumental s’affranchit de toute référence orientale explicite. Pourtant cette œuvre « d’une beauté stupéfiante » est sans doute la plus profondément arabe, plongeant ses racines dans un matériau sonore très riche et très personnel.

2005 fut une année particulièrement féconde avec la création à Baalbeck et à Saintes de Nepsis (sur un poème d’Etel Adnan), grande fresque pour chœur et ensemble instrumental, de la pièce Le Vent souffle où il veut, une composition pour instrument à vent, chant et percussions, exploration des rythmiques , des timbres  et des maqams orientaux, Nenni Nenni, une œuvre pour chœur d’enfants et quatuor instrumental, inspirée de comptines arabes… En octobre  2005 un concert programmé dans le cadre du cycle « Maqams et création » pour la fondation Royaumont, a conclu une expérience d’exploration en résidences à Alep et en France, autour de la modalité et des échanges interculturels. En 2006 après la pièce Omaggio, A Luc Ferrari pour piano et environnement sonore, son  premier concerto pour piano, Loubnân (création avril 2006), An-Nâs, trio à cordes avec percussions, Al Fallah, une deuxième comptine arabe pour chœur d’enfants et quatuor instrumental et Aes-Ustum pour soprano et six instruments, Zad Moultaka prépare une pièce pour orgue et vibraphone et deux nouvelles pièces qui seront créées le 9 octobre au Théâtre des Bouffes du Nord à Paris (Festival Île de France). Il s’apprête à entrer en résidence pour trois ans à la Fondation Royaumont à partir de 2007. Une année très importante pour la voix (plusieurs œuvres dont Jérusalem, grande pièce de 45 minutes pour chœur et orchestre (commande de Saturday Afternoon Concert Series, Amsterdam Concertgebouw pour le Netherlands Radio Choir).