Toprak

Clavecin, bande et 12 voix.

 

« Toprak » pour 12 voix mixtes, clavecin et bande électronique est la dernière d’un cycle de trois pièces écrites d’après des extraits de « Paysages humains de mon pays » du poète turc Nâzim Hikmet. Cette pièce, commandée par l’Ensemble Musicatreize de Marseille, raconte le drame d’une paysanne anatolienne qui fuit son foyer avec son amant. Elle sera tentée par l’infanticide et finira par succomber à cette tentation.

Mon interprétation de ce texte est inspirée par la musique ottomane, qui - comme toute la musique de l’espace culturel arabo-persano-turc - est entièrement monodique. J’ai donc mis l’accent sur la dimension horizontale et ma recherche compositionnelle s’est concentrée sur les différentes manières d’ornementer et d’accentuer la ligne principale en créant des hétérophonies dynamiques autour d’elle. Ainsi les divers fragments mélodiques, par l’effet de l’accumulation d’ornementations, deviennent-ils masses sonores, qui se re-décomposent ensuite.

 

L’envie de me rapprocher de cette autre tradition musicale se traduit également par l’emploi de micro-intervalles pour les voix et le clavecin. Celui-ci est accordé selon le makam « Segah » et sa connotation comme instrument « ancien » est détournée à travers une écriture en octaves brisés évoquant le « kanun » (instrument à cordes pincées courant dans tous les pays du moyen-orient). Le clavecin fait également le lien avec la partie électronique qui est construite à partir d’un traitement de synthèse granulaire : des chant de grillons et de cigales se transforment en sonorité de clavecin et vice versa.

 

L’enjeu principal de ma recherche dans cette oeuvre repose dans l’exploration d’une double ambiguïté : Ambiguïté entre langage musical contemporain et langage musical ottoman d’une part, et ambiguïté entre sonorités « naturelles » et « artificielles » d’autre part.

 

Annette Mengel