Renard

Renard, histoire burlesque chantée et jouée par un renard, un coq, un chat et un bouc.

Texte adapté par Igor Stravinsky de contes populaires russes, traduction française de Charles-Ferdinand Ramuz. Première représentation donnée par les ballets russes le 18 mai 1922 à l’Opéra de Paris, dans une chorégraphie de Bronislava Nijinska, décors et costumes de Michel Larionov, direction musicale d’Ernest Ansermet.

 

Renard, déguisé en religieuse parvient à se saisir du coq, mais il est mis en fuite par le chat et le bouc. Ils dansent de joie. Renard reparaît, déguisé en mendiante, il offre au coq des friandises et parvient de nouveau à le saisir. Le coq est déplumé, mais le chat et le bouc viennent le sauver cette fois encore, ils égorgent et pendent son bourreau et quittent ensemble la scène, tout heureux de leur triomphe. En tête de la partition, un avertissement d’Igor Stravinsky qui démontre et son sens de la scène hérité de son expérience avec le Ballet russe et son sens de l’opportunité : l’œuvre peut être mise en scène, dansée ou jouée. La pièce est jouée par des bouffons, des danseurs ou des acrobates, de préférence sur des tréteaux, l’orchestre placé derrière. Au cas où la pièce serait montée au théâtre, on la jouera devant le rideau. Les personnages ne quittent pas la scène. Ils viennent l’occuper en présence du public, aux sons de la petite marche qui leur sert d’introduction, et sortent de la même façon. Les rôles muets. Les voix (deux ténors et deux basses) sont dans l’orchestre.

 

Le traitement de la voix rappelle celui des Noces par sa couleur et ses tensions, c’est un mélange de chœurs parlés, d’effet bouffes avec des exclamations, des parties lyriques très typées. Côté orchestre, Stravinsky désirait mettre sur scène un instrument populaire joué par les acteurs, une sorte de balalaïka appelée guzla. Devant l’impossibilité d’en trouver une, il reporta son attention sur un cymbalum qu’il avait entendu à Genève, joué par un musicien hongrois, Aladar Racz, au bar de chez Maxim. Au lieu d’essayer d’en imiter les effets, il se fit apprendre par le musicien les ressources de l’instrument, et donna l’occasion à celui-ci d’entrer pour la première fois dans la musique du XXe siècle. Dans la partition la belle part est faite aux vents qui dialoguent souvent avec les chanteurs accompagnés par la caisse claire ou la percussion. Les cordes procurent des effets de coloris plus qu’elles ne chantent. Rien ne se développe vraiment, c’est une succession de tableautins qui tiennent ensemble par le soucis des détails et le métier effarant du compositeur. Cette partition chatoyante est un joyau de savoir-faire, elle a l’avantage de ne rien prendre au sérieux de ce qu’elle donne à entendre, et d’introduire un sourire dans la musique nouvelle des années vingt qui en manque cruellement. Malgré sa séduction, ce n’est cependant pas un chef-d’œuvre aussi abouti que Noces.

 

Olivier Bernager