O strana morte 1998

Commande d'Etat pour l'Ensemble Musicatreize.

Reflets de quatre madrigaux de C. Gesualdo pour treize voix mixtes (douze + haute-contre)

 

La vie et l’œuvre de Carlo Gesualdo (1561-1613) sont marquées par la présence de la mort, qu’elle soit réelle dans le meurtre de sa femme et de son amant, violente et crue comme la chasse pour laquelle il avait une véritable passion ou métaphorique, poétique, parfois teintée d’un caractère clairement érotique.

Les textes des quatre madrigaux choisis sont représentatifs de cette fascination imprégnant l’ensemble des deux derniers livres publiés en 1611. Ils jouent sans cesse d’oppositions ambiguës, mort et vie, joie et douleur, peine et plaisir auxquelles une musique contrastée et torturée donne une grande force expressive et un prolongement symbolique.

Au centre des compositions originales, ces textes sont brisés et regroupés différemment afin de les sortir de leur contexte initial et d’en tirer un sens plus général, plus ouvert.

Ainsi la forme de O Strana Morte est construite dans l’alternance volontairement dramatique, tant au niveau du style que du sens, des quatre madrigaux à cinq voix de Gesualdo avec trois pièces qui en élargissent la formation à treize chanteurs tout en conservant parfois la prédominance d’un groupe soliste.

La première pièce : nel silenzio mio (dans mon silence), est une méditation sur l’absence et la solitude que les cris de désespoir du premier madrigal : “ Mercè grido piangendo Ma chi m’ascolta ? ” (Pitié je crie pleurant, mais qui m’écoute ?) viennent briser.

Après le second madrigal : “ Se la mia morte brami, crudel, lieto ne moro ” (Si tu désires ma mort, cruel, heureux j’en mourrais), La Morte Bramata (la mort désirée) cristallise les oppositions entre la fascination pour une mort synonyme de paix et de repos, et la douleur, la peine qui s’y oppose et semble être l’expression même de la vie.

Le madrigal : “ Io parto, e non piu dissi... ” (je pars et je ne dis plus rien...) qui se termine sur une fragile lueur d’espoir est contredit par la troisième pièce : A che serbate il guardo (Pourquoi détourner le regard ?) qui fait le lien avec le dernier madrigal : “ Occhi del mio cor vita ” (yeux, vie de mon cœur) où le temps de la mort s’impose.

J’ai souhaité que mon matériau soit directement issu de quelques fragments caractéristiques du langage de Gesualdo. Parmi ces derniers, il y a notamment un enchaînement harmonique remarquable, comme un chavirement dans l’au-delà, qui imprègne de nombreuses pages du compositeur napolitain et termine le dernier madrigal choisi.

Philippe Gouttenoire.