Lux Aeterna

9'

 

Dans l’œuvre de Ligeti, le passage du Requiem (1963/1965) à Lux Aeterna (1966) marque un tournant caractérisé par une volonté restrictive. Chronologiquement, les deux œuvres se suivent de près, et outre le choix du texte, une étroite parenté les unit -si bien qu’on a parfois qualifié le chœur a cappella d’appendice, de « pendant ultérieur » du Requiem.

Toutes deux sont baignées de cette aura archaïque dont se dégage étrangement comme un écho lointain de la polyphonie a cappella du seizième siècle. Pourtant, ce qui dans les quatre mouvements du Requiem prend les dimensions de la grande forme de l’oratorio, semble réduit, dans Lux Aeterna, à un cliché instantané.

Les seize voix solos sont « asynchrones », et leurs entrées restent « toujours très souples » ; de plus, l’écriture canonique stricte les imbrique si subtilement qu’elles en viennent à former un tissu sonore impénétrable où pulsations et changements de timbre sont à peine perceptibles.

Ligeti écrit comme indication de tempo Sostenuto, molto calmo, comme dynamique un pianissimo permanent -ces deux éléments servent la même suggestion : Lux Aeterna réfléchit une faible lueur qui semble scintiller de très loin dans le temps et l’espace et qui, imperceptiblement, se fond à nouveau dans le lointain crépusculaire ; elle n’acquiert jamais de nets contours de ce côté-ci de la réalité.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                              

Monika Lichtenfeld

(trad. Carole Boudreault)