L'Autre rive

Pour 12 voix, cymbalum, guitare et percussions

En deux fois douze mouvements, deux  parties et deux espaces.

 

Sous les bombardements, l'enfant s'interroge, "Et si j'étais né de l'autre côté?"

Sous les bombardements, l’enfant s’interroge :  « Et si j’étais né de l’autre côté ? » Cette question déborde et obsède ; le monde s’organise autour d’une ligne de démarcation, limite à peine visible, tracé incolore qui sépare les deux rives d’un monde ivre de haine et de violence. Deux univers jumeaux vivent fermés l’un à l’autre. L’Autre rive, pièce musicale pour ensemble vocal et ensemble instrumental, expérimente symboliquement les empreintes de la « ligne verte » et les marques de fractures encore plus anciennes.

 

Fondé sur un discours belliqueux, exhortation à la guerre, au sacrifice où surgit la haine de l’autre, le texte dérive jusqu’au sentiment de la perte de soi et de l’effacement.  Le poème est chanté en deux langues : simulacres de l’arabe et du grec, comme autant d’éclats de voix inintelligibles. Diminution, disparition d’un côté, renflement et accroissement de l’autre, la pièce se construit sur un mouvement migratoire incessant. Le concert est donné dans deux salles distinctes, isolées acoustiquement et reliées par une antichambre, un couloir ou un vestibule. Les chanteurs, douze au début dans l’une des deux salles, dirigés par un chef, vont, au cours des douze mouvements de l’œuvre, quitter un à un la première salle pour rejoindre la seconde.

 

L’antichambre est le lieu où chaque chanteur attend le moment où il pourra passer dans l’autre espace, comme le lieu secret où l’on attend son tour entre la naissance et la mort. A la fin du sixième mouvement, quand les chanteurs seront également répartis, retentiront des grondements. Le chef change lui aussi de salle et fait résonner en disparaissant une grosse caisse, tel l’esprit de la guerre. Annonce du basculement. A l’intérieur de chaque espace les six chanteurs scandent le même texte : «Avec vous, nous ne verrons que la victoire, la fierté, la dignité, et la conclusion de cette bataille ne sera que la honte et la défaite pour nos ennemis...» Alors que d’un côté le texte croît vers la haine et la guerre, de l’autre on chemine vers la solitude intérieure, le doute et le questionnement. A l’entracte le public change de salle et revit la même expérience dans l’autre sens et dans l’autre langue.