François-Bernard Mâche

Né en 1935 à Clermont-Ferrand dans une famille de musiciens depuis trois générations, François-Bernard Mâche a durant toute sa vie mené parallèlement deux carrières, universitaire et musicale. Après une première formation dans sa ville natale (prix de piano et d’harmonie), il est reçu en 1955 au concours de l’École Normale Supérieure de la rue d’Ulm dans la section des Lettres. Il y passe quatre années jalonnées par :
- un Diplôme d’Études Supérieures d’archéologie grecque et son premier concert public au Festival de Bilthoven aux Pays-Bas en 1957,
- la participation à la création du Groupe de Recherches Musicales de P.Schaeffer, l’entrée dans la classe d’Olivier Messiaen au Conservatoire et une Agrégation de Lettres classiques en 1958,
- un poste de Chargé de cours d’Histoire de l’Art antique à la Sorbonne et un Prix de Philosophie de la Musique en 1960.

Au retour de deux années où il sert comme sous-lieutenant en Algérie, il est professeur de Lettres classiques au Lycée Pasteur à Neuilly, puis à Louis-le-Grand à Paris jusqu’en 1983. Titulaire d’un Doctorat d’État de musicologie en 1980, il est alors nommé Professeur d’Université à Strasbourg, où il dirige pendant une dizaine d’années le département Musique. Il y crée le centre Primus, première formation en France de « Tonmeister ». En 1993, il est élu Directeur d’Études à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales.

Parallèlement à une intense activité d’écrivain, avec des articles de critique au Mercure de France et à la NRF, des traductions de grec moderne, et plusieurs ouvrages de réflexion, il poursuit une carrière internationale de compositeur. Il est invité d’abord en 1965 par Hermann Scherchen dans son studio de Gravesano en Suisse, puis dans plus de vingt pays tels que la Pologne, l’Iran, la Finlande, Israël, le Japon, l’Argentine, les Etats-Unis, la Chine, le Mexique, la Corée etc. Il est durant quelques années Président de la section française de la Société Internationale de Musique Contemporaine.

Parmi les multiples explorations esthétiques auxquelles il s’est intéressé figurent les modèles linguistiques. Dès 1959, il a transposé instrumentalement la structure phonétique d’un poème grec dans Safous Mélè. Il a aussi fait œuvre de pionnier dès Le son d’une voix en 1964, avec son usage de l’analyse par sonogrammes pour élaborer une écriture instrumentale, préfigurant l’école dite « spectrale ». Depuis, il a fréquemment exploité le potentiel musical de diverses langues rares ou éteintes, et proposé des méthodes d’analyse structurale inspirées par ses études linguistiques.
Un autre intérêt récurrent dans ses œuvres est celui qu’il porte à des cultures musicales lointaines. Dès 1970, avec Kemit, et surtout après un voyage d’études dans le Sud-Est asiatique en 1972, il y a souvent fait référence jusque dans des titres tels que Korwar, Naluan, Maraé, Temboctou, Guntur Madu. En 2002 il a écrit une pièce pour gamelan, voix et échantillonneur intitulée Melanga.
Les modèles les plus insolites dont François-Bernard Mâche s’est emparé sont certainement les sons bruts enregistrés, qui l’ont fait définir comme chef de file d’une esthétique dite « naturaliste ». Il a en effet souvent intégré des sons élémentaires ou animaux dans une écriture instrumentale, au sein de laquelle ils fusionnent. Cet effacement délibéré des frontières habituelles entre nature et culture apparaît dès 1969 dans des œuvres comme Rituel d’oubli, où les bruits sont méticuleusement transcrits et intégrés sur la partition.

Enfin, son activité d’helléniste l’a conduit à se référer fréquemment aux forces vives du mythe, particulièrement présent dans Danaé, Andromède, Kassandra, Styx, Khnoum, ou l’Estuaire du temps. Les deux ouvrages principaux intitulés respectivement Musique, mythe, nature, publié en 1983 et 1991, traduit en anglais et en italien, et plus récemment Musique au singulier, illustrent et expliquent ces différentes démarches qui font de François-Bernard Mâche une figure très originale dans l’histoire du XXe siècle musical.