Etudes hongroises 1983

5'30

 

Composées en 1983, et créées le 18 mai (I et II) et le 17 novembre (III) de cette année par Clytus Gottwald à la tête de la Schola Cantorum de Stuttgart, ces trois courtes Études consacrent l’attachement de Ligeti au poète Sandor Weöres qu’il avait déjà mis en musique à de nombreuses reprises dans ses premières œuvres.

Empruntant au recueil de poèmes du même titre (Magyar Etüdok), le compositeur a ainsi défini les raisons de son choix : “Les poèmes sont intraduisibles, parce qu’ils sont directement élaborés à partir des particularités sonores, rythmiques et métriques de la langue hongroise - ce sont pratiquement des textes expérimentaux, qui s’apparentent à ce qu’on appelle en Allemagne Konkrete Poesie et Lettrisme en France, mais qui sont en même temps extrêmement métaphoriques et riches de sens.”

De façon très différente que dans les Fantaisies, Ligeti réagit ici moins directement par images en explorant de nouvelles possibilités rythmiques et métriques qui caractériseront les œuvres suivantes, précisément les deux cahiers d’Études pour piano et le Concerto (1985-1990).

Cette nouvelle orientation de l’écriture, qui reprend en charge des techniques directement analysables pour elles-mêmes, se traduit par le retour en force d’un contrepoint rigoureux, comme celui du Canon-

miroir qui illustre les gouttes (“Csipp”) tombant progressivement de façon plus intense, et dont les douze entrées reconstituent le total chromatique. La seconde pièce, Étude, combine deux poèmes ayant pour seul point commun la présence de grenouilles qui coassent de plus en plus bruyamment (“Brekekex”), alors que la dernière se voudra directement évocatrice d’une foire dans Vasar : chaque strophe, caractérisée par une métrique différente, est conduite par une voix soliste (successivement basse, alto, soprano et ténor), chacune se superposant aux précédentes, alors que la dernière, au travers d’une polyrymétrie à cinq niveaux, sera confiée au tutti. C’est également le recours au double chœur qui favorise ces procédés rythmiques, qui constituent une réactivation du “mécanisme détraqué” cher au Ligeti des années soixante.

Extrait du Guide de la musique sacrée

et chorale profane de 1750 à nos jours (Fayard)