En un jardin secret 2003

Pour douze voix mixtes et deux pianos

 

On ne risque guère de se tromper en disant que la tentation est le résumé le plus fidèle de l’histoire des hommes. La possession, le lucre, en sont les moteurs les plus performants. Mais gare aux excès de vitesse, ils conduisent fatalement à la ruine. C’est dire que la tentation – des raisins trop élevés par exemple – pour assez aimable qu’elle puisse paraître ab initio prend des chemins qui en révèlent l’essence. Le numéro de Salomé ne répond plus. Et la Bible est riche de ces historiettes fracassantes dont les (faux) vieillards qui regardèrent Suzanne sont de sinistres illustrations. La concupiscence semblerait une billevesée si, contigu, ne venait se lever le souffle de la haine. De l’iniquité. De la mort… de l’autre. C’est peut-être cela la simplicité biblique !

En regard, les écueils musicaux restent ce qu’ils sont toujours. La présence de deux pianos face aux douze voix est un alliage assez insolite je pense mais il offre un réservoir de résonances propres à traverse le secret jardin de Suzanne et à protester contre la tentative de sa profanation. Le chœur, peut-être au sens athénien du terme, ne décrit pas ; il commente dans la concision ce que tout observateur navré ressent devant la violence de l’action. Les deux citations finales de John Keats sont là pour en rappeler les ténèbres mais aussi pour laisser au songe l’indestructible image de la beauté.

 Lucien Guérinel