Dodécaméron

Oeuvre composée en 1970 pour Marcel Couraud et ses solistes des chœurs de l’O.R.T.F. (la pièce leur est dédiée), Dodécameron pourrait être considérée comme le prolongement, sur le plan vocal, de certains cheminements ou expériences que j’ai pu entreprendre dans les musiques la précédant immédiatement, et notamment dans Lied.

Cependant la voix qui se veut ici non seulement « l’instrument » mais aussi le générateur de sons (diverses formes du « son blanc ») n ’entend pas abandonner sa vocation fondamentale qu’est le relais le plus troublant entre l’homme et ce qui l’entoure. Que ce soit le berger exalté par le soleil et en train « d’oyker » ou hurler sur le roc dénudé de sa montagne ou bien le citadin cherchant dans la complexité de la trame musicale les origines de sa curiosité pour tout ce qui sonne, il y aura toujours un moment ou il se trouvera vraiment seul en face de la nature, si transparente parfois...il écoutera alors son bruissement.

J’ajouterai que cette écoute à travers la voix -sa propre voix- se déroule ici dans ce cadre à la fois contraignant et souple de la partition rigoureusement écrite et de ses ouvertures sur le champ d’improvisations permettant à l’imagination des participants d’enrichir le discours et d’inventer.

Et j’ajouterai enfin que si le titre n’a d’autre prétention que d’annoncer une pièce pour douze personnes (dont la plus importante est la treizième, qui mène le jeu) divisée grosso modo en douze parties, un certain esprit ludique, libéré et improvisateur, pourra parfois être compris comme une sorte d’hommage à Boccace. Cela n’est pas à exclure.

La création de cette œuvre a eu lieu au Teatro Comunale de Bologne, en février 1971.

 

Ivo Malec