Cypris

12 voix et 12 cordes.

Commande de Musicatreize dans le cadre de son cycle de commande « Les Tentations » avec le soutien de la Sacem.

 

Il y a dans notre rapport aux sons quelque chose d’amoureux et de sensuel. Caresser une musique de la grande main de l’esprit ou, au contraire, sentir sur nous ses effleurements, en palper la souplesse et la densité, connaître à l’avance les points où se nouera notre plaisir, sont des expériences érotiques. Certaines musiques semblent avoir demandé des conseils à la sensualité des corps, d’autres en donnent, au contraire, en retour à celle-ci. Il est jusque dans l’aridité, la violence ou le désespoir de certaines œuvres comme le cri étouffé d’un manque, une nostalgie des intimes étreintes. Écrire de la musique autour de textes érotiques est donc bien naturel.

On insiste toujours sur la dimension temporelle de la musique, mais l'Eros interroge plutôt son rapport à l'espace. L'espace du corps réel ou imaginé, du mien et de l'autre. La dialectique du moi et de l'altérité est fondamentalement spatiale : ce qui est autre l'est d'abord comme en-dehors, comme occupant un autre espace. Mais l'érotisme vient troubler cette séparation fondatrice. Lorsque l'espace extérieur devient intime et que la barrière s'estompe, il y a amour ou il y a musique. Le mien, l'autre… le mien en tant qu'autre, l'autre devenu mien… L'espace est frontière et l'érotisme interroge les frontières, les trouble, les dissout. C'est pourquoi, dans Cypris, l'écriture de l'espace est aussi importante. La tentation de l'érotisme, au-delà de la pornographie qui vise seulement l'assouvissement, c'est de s'aventurer hors de soi, de rendre poreuses les frontières de l'intimité. Les trois textes choisis explorent à leur manière cet espace de "l'intimité extérieure" ; le premier dans la rencontre unique, originelle et sacralisée des corps, le second à travers les cinq sens au prise avec la répétition, le dernier, dans une véritable cartographie du corps aimé, une géographie érotique.

 

Philippe Gouttenoire