Canzone IV

L’œuvre, écrite pour cinq voix solistes a cappella (comme beaucoup de madrigaux italiens), a été composée en février 1968. Elle part d’un modèle linguistique utilisé l’année précédente dans Canzone III pour sept cuivres. Il s’agit du célèbre sonnet de Ronsard sur la mort de Marie. Il est analysé non plus seulement selon ses éléments phonologiques ( comme j’avais procédé en 1964 pour Le son d’une voix ), mais aussi selon les structures syntactiques. C’est-à-dire que non seulement les phonèmes sont transposés en hauteurs distinctes, mais aussi les morphèmes ( ou éléments signifiants )  sont traduits en types d’écriture spécifiques. Les durées du poème-modèle récité, les tempi et leurs variations, les intensités, les couleurs sonores, les “tons” de la voix sont également métamorphosés en valeurs musicales selon des lois complexes. Enfin, le texte, au lieu d’être chanté, est décomposé en fragments méconnaissables, devenus de simples supports articulatoires, tandis que sa structure sonore exceptionnellement riche ( allitérations, parallélismes, reprises, rimes, assonances etc.) continue de régir les enchaînements.

Par ailleurs, au delà de toute cette expérimentation formelle, Canzone IV est aussi une mise en lumière des silences inclus dans toute parole, et la contrepartie musicale de la berceuse funèbre inventée par Ronsard.

 

F-B.Mâche