Ayx 2011

Les Essenomes développent de manière puissante le concept de la tribu, véritable tribu d’œuvres et tribu de leurs possédants, conçue et réalisée par la main de Marc Tigrane. Certes, n’est-ce pas un rêve paroxysmal pour un créateur que de placer son art au centre d’une réelle mouvance et dynamique d’ordre biologique… un rêve divin pour un roi en ouvrant une conjonction entre l’artifice  d’un art savant et la nature ?

Opérer la translation de cette tribu en expansion dans l’espace d’un temps musical oblige à des interrogations spécifiques. Un premier axiome m’a été imposé : celui d’écrire à 24 voix pour les douze chanteurs prévus, soit 2 voix prévues par interprète. Le choix de la voix entreprise s’effectue au dernier moment avant la réalisation  concrète de l’œuvre. (…)

L’œuvre musicale, Ayx, propose dans son aventure les différents mouvements qui ont animés et animent encore l’espèce humaine, socialement regroupée en tribus, clans, familles etc. La fécondation, la prolifération, les différenciations, les croisements houleux et guerriers, comme cela avait généralement le cas, précèdent les métissages plus calmes et fusions amoureuses des diverses populations. Une deuxième source d’inspiration se réfère aux propos de Claude Lévi Strauss, notamment à son ouvrage « Le Cru et le Cuit ». Les voix sont ainsi traitées dans leur entièreté expressive, de la primitivité vocale crue jusqu’au chant  ouvragés (cuisson culturelle). Les différentes langues, ne sont-elles pas de véritables tribus de phonèmes, tribus circonscrites par leur couleur musicale très sensible et par des lois fonctionnelles (grammaticales) ? En ce sens, les premiers chants sont ceux des langues crues ou ritualisées en monodie soutenue. Probablement qu’à l’origine, chant et langue étaient fusionnés dans une puissante énergie expressive et communicante.

François Rossé